LES MAUX DE TRAVERS

by Tim T. Stroobandt

LES MAUX DE TRAVERS

by Tim T. Stroobandt



Des textes issus de mes lectures et du terrain  : consultation, supervision, institutions.

J’y articule concepts, expériences concrètes et posture clinique engagée, dans le respect strict de mon éthique déontologique.


Ni simplification. Ni jargon sans explication.

Ni récit séduisant. Ni neutralité stratégique.


Juste une parole accessible, qui n’a pas pour fonction de plaire, mais d’exposer ce que la science permet de penser — là où le symptôme résiste, là où le langage défaille, là où le lien se dérègle.


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À la une

"Psychologie Fast-Food " :


Economie de la Souffrance Psychique


Et si les mots censés nous aider à comprendre finissaient parfois par penser à notre place ?


Jamais la psychologie n’a été aussi présente dans l’espace public. Emprise, trauma, relations toxiques, dépendance affective, red flags : ces mots peuvent rompre l’isolement, reconnaître une violence et donner du sens à ce qui semblait confus. Mais lorsqu’ils deviennent des étiquettes, des diagnostics instantanés ou des identités définitives, ils peuvent aussi effacer la singularité des histoires, la réalité sociale des situations et la complexité des liens.


Cet article interroge cette frontière fragile entre éclairer et enfermer. Sans condamner la vulgarisation, il défend une transmission clinique exigeante : rendre accessible sans réduire, nommer sans classer, alerter sans conclure à la place de l’autre. Car un mot ne libère véritablement que s’il ouvre un chemin de pensée — et non une nouvelle cage.

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Tous mes écrits


par Tim T. Stroobandt 20 juillet 2026
Vulgariser, c’est ouvrir un espace de compréhension pour des problématiques complexes, comme l’emprise pathologique, tout en respectant la densité, les ambivalences et la part d’opacité de l’expérience humaine. Ce n’est pas simplement rendre un savoir plus simple. C’est tenter de le rendre accessible sans l’appauvrir, de le transmettre sans le figer, de le faire entendre sans trahir ce qui, dans le réel clinique, résiste toujours aux formules trop rapides. Vulgariser est un acte clinique et éthique . Clinique, parce que les mots que nous proposons peuvent aider une personne à reconnaître ce qu’elle vit, à sortir de la confusion, à mettre un peu d’ordre dans ce qui semblait jusque-là chaotique. Éthique, parce que ces mêmes mots peuvent aussi enfermer, assigner, réduire, parfois même capturer. Parler de psychologie dans l’espace public engage une responsabilité : cela ne consiste ni à délivrer des recettes, ni à imposer un savoir figé, mais à traduire un cadre théorique exigeant dans une langue accessible, sans perdre ce qui fait la rigueur de notre discipline. Cette exigence se heurte aujourd’hui à une tendance massive : la surconsommation de contenus psychologisants. Ils circulent sur les réseaux sociaux, remplissent les rayons des librairies, traversent les timelines de personnes en souffrance, parfois en quête urgente de sens. On y parle de pervers narcissiques, de dépendance affective, d’emprise, de trauma, de profils toxiques, de blessures d’enfance. Certains contenus sont utiles. Ils peuvent alerter, rassurer, ouvrir une première voie de compréhension. Mais beaucoup circulent avec trop de certitude, trop de cases, trop peu de nuances.  Le paradoxe est là : plus on parle de psychologie, plus on risque parfois de mal la dire. Plus certains mots deviennent accessibles, plus ils peuvent être vidés de leur rigueur, de leur complexité, enjeu et signification selon l’orientation clinique mobilisée . L’enjeu de la vulgarisation réside précisément dans cet équilibre difficile entre deux exigences contradictoires : rendre un propos compréhensible, tout en restant fidèle à une discipline qui ne se réduit pas à un enchaînement de formules virales.
par Tim T. Stroobandt 8 mai 2026
Le corps précède la parole Nous avons souvent tendance à penser le trauma ou le psychotrauma à partir de ce qui se raconte. Nous cherchons une scène, un souvenir, une image, une chronologie, une explication. Nous supposons alors qu’une souffrance traumatique devient vraiment pensable lorsqu’elle peut être dite, remise en ordre, racontée. Cette manière de voir n’est pas fausse, au contraire, mais elle peut devenir trop étroite lorsqu’elle nous fait manquer une autre voie d’inscription : celle du corps , dont celle des sens - ouïe, vue, odorat, toucher, goût . Vous entrez quelque part. Rien, à première vue, ne devrait vous alerter. Puis une odeur traverse la pièce. Ou un bruit métallique. Ou une lumière. Ou une manière particulière d’occuper l’espace. Ou une proximité corporelle qui, objectivement, n’a rien d’extraordinaire. Pourtant, le souffle se raccourcit, le ventre se serre, les muscles se tendent, l’attention se rétrécit, et quelque chose en vous bascule. Vous savez parfois très bien qu’il n’y a pas de danger immédiat. " Vous le savez, mais votre corps, lui, ne semble pas être d’accord avec vous. " Beaucoup de personnes ne souffrent pas seulement de la réaction elle-même. Elles souffrent aussi du regard qu’elles portent ensuite sur cette réaction. Elles se jugent excessives, ridicules, incohérentes, trop fragiles, trop compliquées pour les autres. Elles se disent qu’elles savent pourtant, qu’elles ont déjà compris, parfois déjà parlé, parfois déjà travaillé en thérapie, et que leur corps ne devrait plus réagir ainsi. Cette conclusion paraît logique ; elle est cliniquement incomplète. Le corps « ne fait pas n’importe quoi ». Le problème peut tenir au fait qu’une partie de l’expérience traumatique peut continuer à se maintenir dans la sensation, dans l’alerte, dans la mémoire du climat, alors même qu’un travail de reprise psychique a déjà commencé. Nous ne rencontrons donc pas seulement une clinique du corps sans mots. Nous rencontrons aussi une clinique du corps qui continue à réagir là où les mots existent déjà , mais ne désarment pas encore tout ce qui a été inscrit. Autrement dit, le point central n’est pas de choisir entre le corps et le langage . Il consiste plutôt à reconnaître que, dans certaines trajectoires traumatiques, le corps peut réagir là où les mots manquent encore, mais qu’il peut tout autant continuer à réagir là où les mots sont pourtant déjà présents. La dissymétrie est clinique. Elle n’a rien d’anecdotique. Elle dit simplement que le savoir conscient, l’élaboration psychique et la réponse corporelle n’évoluent pas au même rythme. C’est cela que cet article voudrait rendre pensable : la manière dont les sens peuvent devenir les points d’appui d’une mémoire traumatique , non pas parce qu’ils remplaceraient le récit, mais parce qu’ils gardent parfois ce que le récit pèche à pouvoir encore symboliser.
par Tim T. Stroobandt 22 janvier 2026
« Quoi que tu fasses, tu as tort » Il existe des liens qui étranglent, sans se refermer. Pas de main qui serre, pas de cris qui claquent. Juste des mots qui glissent, des regards qui désavouent, des gestes qui figent. Ce sont des scènes ordinaires — une discussion en couple, une injonction professionnelle, une parole parentale — dans lesquelles une phrase, une réponse, une injonction peut faire perdre pied, jusqu’à perdre la logique du monde. “Fais ce que tu veux, mais si tu le fais, je saurai que tu ne m’aimes pas.” Il ne s’agit plus de choisir, il s’agit de trahir quoiqu’on fasse. Cette forme particulière d’impasse a été conceptualisée sous le nom de double contrainte par Gregory Bateson et ses collègues dans les années 1950, dans le cadre de leurs recherches sur la schizophrénie (Bateson et al., 1956). Loin de se limiter au champ de la psychose, cette dynamique structurelle s’est révélée opérante dans de nombreuses formes de souffrance relationnelle contemporaine, qu’il s’agisse de l’emprise pathologique conjugale, du harcèlement managérial ou des violences éducatives paradoxales (Watzlawick et al., 1967 ; Courtois, 2023 ; Daniel, 2021). Appeler la double contrainte une dynamique structurelle, c’est dire que le problème n’est pas le contenu des échanges, mais l’architecture relationnelle qui les rend impossibles à penser : des injonctions contradictoires, une interdiction de les nommer, et un lien dont on ne peut pas se retirer . Loin d’être un concept figé, la double contrainte constitue ici le socle d’une clinique du paradoxe .

Publications

2020 - Essai de Stratification et Relativisme Radical. In press.

2019 - Radicalisation, la touche ALT : Alliance, Lien et Trahison. Cahiers critiques de thérapie familiale et de pratiques de réseaux, 63(2), 191-205.

2018 - Approche psycho-socioculturelle du processus de radicalisation des attitudes et engagements violents. Se Protéger des Radicalisme. Belgique : Couleurs Livres.

2018 - Disillusionments and traumatic risks for vulnerable populations. International Society for Traumatic Stress Studies (ISTSS) 34th annual meeting. Washington.

2018 - Training professionals - impact on the perception of their skills. International Society for Traumatic Stress Studies (ISTSS) 34th annual meeting. Washington.

2018 - From organizational trauma to organizational resilience of non-profit. International Society for Traumatic Stress Studies (ISTSS) 34th annual meeting. Washington.

2017 - Introduction aux effets de l’incarcération d’un parent sur leurs enfants. Relais Enfants-Parents.